Décryptage 10/08/2022

Vers une quatrième révolution industrielle ?

Par Nina Boussalem

En plein boom technologique, nous nous interrogeons sur l'évolution des nouvelles technologies.

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Industrie 4.0 - 4RI - ou encore quatrième révolution industrielle - Ce sont les termes généralement utilisés pour désigner le boom technologique du XXIème siècle. Pour beaucoup, les données numériques sont le pétrole de notre époque. Depuis 2010, on estime à 356% l’évolution de l’innovation. Vers un monde de plus en plus digital, que représente cette 4RI, comment se met-elle en place et quels sont ses impacts ?

Historique des révolutions industrielles

Révolution industrielle

Après l’apparition des premières machines à vapeur au milieu du XVIIIème siècle, c’est au tour de l’électricité et du pétrole de révolutionner le monde à partir des années 1870. Pour finir un siècle plus tard avec une nouvelle révolution (que vous avez sûrement vécue si vous faites partie de la génération ayant utilisé les premiers macintoshs), la révolution informatique. 

Aujourd’hui l’innovation a fait un tel boom que nous considérons être entrés dans une nouvelle révolution industrielle. La quatrième, également appelée industrie 4.0. 

Mais qu’est-ce que c’est ? 

Selon Klauss Schwab, fondateur du World Economics Forum et auteur d’un ouvrage sur la quatrième révolution industrielle, la 4RI marque la fusion entre la frontière physique et numérique. Autrement dit, c’est la fusion entre monde virtuel et réel. D’accord… mais la définition reste encore un peu floue, non ?!

Pour être plus précis, on peut dire que c’est une question d'interaction entre les différentes technologies de la quatrième révolution industrielle. Les technologies en question ici sont l’internet des objets (The IoT), la blockchain, l’intelligence artificielle, le big data… Des innovations en contact constant avec nos machines connectées. Cela peut aller des ordinateurs, montres, smartphones... aux frigidaires connectés, jusqu’à la domotique, avec des fenêtres intelligentes par exemple. 

Les précédentes révolutions industrielles avaient pour objectif de remplacer l’humain en remplaçant son effort physique par des machines. Désormais, ce sont par des ordinateurs que nous cherchons à améliorer certains process. L’industrie 4.0 va bien plus loin. Avec des capacités de collecte de données en masse (big data), il est possible d’automatiser des tâches de plus en plus complexes. Le big data nourrit les intelligences artificielles. Mais cela ne s’arrête pas là, il existe aujourd’hui l’apprentissage automatique. L’ordinateur peut maintenant nourrir sa propre intelligence via les données qu’il amasse automatiquement. Tout cela est permis grâce à des calculs informatiques, des probabilités et des algorithmes.

Ces grandes avancées font apparaître de nouveaux enjeux sociétaux à différents niveaux : économique, social, politique et environnemental. Il y a l’enjeu de l’accompagnement et de la formation des salariés. Mais aussi des questions éthiques sur la place de l’humain dans cette nouvelle industrie. Des risques et des menaces persistent.

Enjeux, menaces et risques de cette nouvelle industrie

Comme les précédentes révolutions, la quatrième révolution industrielle pose de grands enjeux. L’automatisation de tâches intellectuelles change profondément la nature du travail humain et par extension l’équilibre du monde du travail. Des questions se posent donc sur l’aspect humain et social, mais pas seulement. Cette toute nouvelle industrie soulève également des questions politiques et écologiques. 

Ecologie empreinte carbone

Ecologie

Ces intelligences artificielles demandent un stockage massif de données. Pour cela, d’énormes centres de données, appelés “data centers”, sont requis. Ces serveurs informatiques permettent la récolte et le stockage des data (données). Avec le développement à grande échelle de ces technologies, la mise en place de data centers contribue rapidement au réchauffement climatique. En 2012, on comptait 500 000 data centers dans le monde, aujourd’hui il y en aurait plus de 7 millions. Cela représente une consommation d’énergie colossale, avec une empreinte carbone comparable à celle du transport aérien. D’ici 2040, le stockage de données pourrait générer 14% des émissions totales de gaz à effet de serre, contre 2% en 2021. C’est le moment pour nos organisations de s’adapter et de trouver des solutions. 

Humain

En plus de l’aspect écologique, de nombreuses questions éthiques commencent à se poser. Alors qu’en 1936 Charlie Chaplin tournait déjà en dérision notre rapport à la société moderne et aux technologies ; aujourd’hui, les intelligences artificielles remettent d’autant plus en question la place de l’Homme. La 4RI redistribue les cartes de nos modes de travail. Jusqu’où laisser la machine remplacer le cerveau humain ? 

Humain entre-aide

Risques

Qui dit plus d’ordinateurs, d’algorithmes et de digitalisation, dit également plus de risques. Les cyberattaques représentent une menace de plus en plus importante pour les entreprises. A l’heure du 100% informatisé, les systèmes ne sont pas infaillibles et laissent parfois passer entre leurs doigts, des informations confidentielles. Récemment, les failles des systèmes informatiques de plusieurs organisations, y compris gouvernementales, ont fait l’objet d’attaques par rançongiciels. D’où l’importance pour les entreprises de bien se préparer aux risques en optant pour des protections adaptées, que ce soit des risques internes ou externes. La protection face aux attaques externes est primordiale, mais en interne, la gestion des droits d’accès aux informations est également cruciale. 

Cette digitalisation accélérée demande aux entreprises de repenser et d’adapter leurs business models aux nouveaux modes de travail. L’industrie 4.0 ne représente pas que des risques, menaces et questions éthiques. Si elle s’est développée c’est pour une raison : elle ouvre le champ des possibles. C’est une grande opportunité, notamment pour certains secteurs non-encore digitalisés. 

Opportunités

Une étude nommée Patents and the Fourth Industrial Revolution, menée par l’OEB (Office Européen des Brevets), nous a permis d’en savoir plus sur cette quatrième révolution industrielle. L’OEB est chargée de valider des brevets dans 44 pays. C’est un fournisseur majeur de brevets dans le monde. De son anglais EPO (European Patent Office), il est très bien placé pour observer l’émergence de ces technologies et en suivre l’évolution. 

D’ici 2023, plus de 29 milliards d’appareils seront connectés aux réseaux de protocole Internet et la majorité d’entre eux créeront des données en temps réel (Cisco, 2020). Dans ces appareils connectés, on parle d’ordinateurs portables, de smartphones, de téléviseurs, mais aussi d’une myriade d’autres appareils intelligents dont on n’imagine pas encore la portée. Lunettes, montres, compteurs, fenêtres, implants, véhicules, robots intelligents de tous types feront bientôt partie intégrante de notre quotidien. 

Les conséquences de cette 4ème révolution industrielle

Toutes ces innovations vont permettre des gains en productivité. Beaucoup de tâches sont/seront automatisées. Cette digitalisation se développe à grande vitesse et les organisations qui ne suivent pas le wagon risquent d’être très rapidement dépassées, voire remplacées. On peut par exemple penser au domaine de l’expertise comptable. Certains ont passé le pas mais on note encore beaucoup de réticences face aux solutions qui leurs sont proposées. Et pourtant… les cabinets ont l’opportunité de gagner un temps considérable en automatisant les tâches chronophages et en supprimant la “boîte à chaussures”. Cela laisse à l’expert-comptable, la possibilité de se concentrer sur son cœur de métier : l’expertise et le conseil. Toutes les intelligences artificielles ne remettent pas en question la présence ni l’utilité de l’Homme. Ici, elles peuvent donner des indicateurs de gestion aux entreprises. Les experts-comptables s'appuient sur ceux-ci pour fournir une expertise bien plus approfondie. 

Voir aussi : C'est quoi la boîte à chaussure ? Dans la tête des experts-comptables

Ce n’est pas le seul domaine dans lequel ces innovations ouvrent le champ des possibles. Le secteur médical sera équipé de robots assistants lors d’opérations chirurgicales, les banques pourront minimiser leurs risques opérationnels et le secteur agricole pourra surveiller ses champs à distance, calculer des probabilités en fonction du temps... et donc optimiser ses récoltes. 

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